La Presse | Opitciwan se chauffera à la biomasse
Ces jours-ci, la communauté atikamekw d’Opitciwan coule du béton pour accueillir une centrale de cogénération à la biomasse. Cette dernière entrera en production à l’automne 2026. La population pourra alors mettre à l’arrêt ses génératrices au diesel et dire adieu aux pannes de courant prolongées, grâce à un investissement de 70 millions de dollars.
« La centrale constitue une étape déterminante pour notre sécurité énergétique », affirme Jean-Claude Mequish, chef du Conseil des Atikamekw d’Opitciwan.
En effet, durant les périodes de grand froid, la communauté craint les failles des génératrices vieillissantes et les pannes de courant qui peuvent durer deux semaines, selon Denis Clary, président du conseil d’administration de la Société en commandite Onimiskiw Opitciwan (SCOO). « Les pannes peuvent nous faire perdre toute la nourriture entreposée dans nos congélateurs, dit-il. Comme on est une communauté éloignée, il n’y a pas d’épicerie au coin de la rue et les gens doivent faire des réserves. »
Situé en Haute-Mauricie, Opitciwan n’évolue pas dans le même contexte que la communauté de Kitcisakik, qui a fait les manchettes en décembre 2025 lorsqu’elle a été raccordée au grand réseau d’Hydro-Québec. « Kitcisakik se trouve à quelques kilomètres de la route 117 et est relativement proche de Val-d’Or, alors qu’il faut prendre un chemin forestier de 160 km pour se rendre à Opitciwan, explique M. Clary. C’était impensable pour nous d’installer une ligne. »
Le directeur de projet Grégoire Lemay renchérit : « Non seulement ç’aurait été extrêmement cher de rejoindre le dernier poteau d’Hydro disponible en Abitibi à 100 km, mais on aurait fait passer la ligne sur d’autres territoires des Premières Nations et le bilan environnemental de déforestation aurait été beaucoup plus important que de construire une centrale biomasse sur place. »
Afin de remplacer les génératrices qui consomment cinq millions de litres de diesel annuellement, des études et des consultations ont été menées pour identifier la meilleure source d’approvisionnement entre l’éolien, une centrale hydroélectrique et la cogénération à la biomasse.
Puisque la communauté est actionnaire majoritaire d’une scierie, le choix s’est imposé de lui-même.
« Auparavant, les résidus de la scierie étaient envoyés par camion à 400 km de la communauté, vers quelqu’un qui en faisait de l’électricité et qui la vendait sur le grand réseau. Il y avait un non-sens. » – Grégoire Lemay, directeur de projet
70 millions de dollars
La communauté a donc amorcé des discussions avec Hydro-Québec pour que l’électricité soit produite à partir de la biomasse forestière générée par la scierie, et a décidé de profiter de l’arrivée de l’électricité dans le secteur pour mettre à l’arrêt ses génératrices au diesel qui obligent les résidants à respirer indirectement du monoxyde de carbone depuis les années 1970.
Zachary Simard, administrateur de la SCOO, est fier de cette transition écologique. « La biomasse est une énergie renouvelable qui va remplacer l’énergie fossile du diesel ». M. Mequish va plus loin :
« Le projet réduit les émissions de GES et stabilise l’alimentation électrique, au bénéfice des familles et des services essentiels. » – Jean-Claude Mequish, chef du Conseil des Atikamekw d’Opitciwan
Le projet verra le jour grâce à un financement total de 70 millions de dollars : 6 millions viendront de la communauté, 25 millions du gouvernement du Québec, 25 millions du gouvernement du Canada. Le solde sera assumé par la communauté, par emprunt bancaire.
Le béton est en train d’être coulé et le terrain est prêt pour la construction. « On commence à recevoir les équipements pour produire l’énergie, dit Denis Clary. La turbine va arriver à la fin de mars. Et on maintient notre objectif d’entrée en production entre octobre et décembre 2026. Les gens ont très hâte que l’énergie soit fiable. »